Whisky tourbé : pourquoi on adore (ou on déteste)
Whisky tourbé : pourquoi on adore (ou on déteste)
La première fois que j'ai goûté un whisky tourbé, j'avais 22 ans, peu d’expérience dans le domaine, et un collègue de boulot m'a tendu un verre de Port Charlotte 10 ans en disant "goûte ça, c'est spécial". J'ai goûté. J'ai fait une tête. "Ça a le goût de cheminée" que je lui ai dit. Il a rigolé. Dix ans plus tard, c'est mon style préféré. Le whisky tourbé, c'est comme ça : au début tu comprends pas, et puis un jour, ça clique.
C'est quoi la tourbe, concrètement ?
La tourbe, c'est de la matière végétale (mousse, herbe, bruyère) décomposée pendant des milliers d'années dans des sols gorgés d'eau. En Écosse, surtout sur l'île d'Islay, il y en a partout. On l'extrait, on la sèche, et on la brûle pour faire sécher l'orge maltée. La fumée de tourbe imprègne l'orge, et ça se retrouve dans le whisky.
C'est un peu comme le bois dans le barbecue : le type de combustible change le goût de ce que tu fais cuire.
Pourquoi ça divise autant ?
Le whisky tourbé, c'est un whisky fumé. Mais pas fumé comme un saumon. Fumé comme... un feu de camp sur une plage, avec des algues, de l'iode, du goudron, de la cendre. C'est intense, c'est polarisant.
Ceux qui aiment disent : c'est profond, complexe, ça raconte un terroir, c'est chaleureux, c'est unique.
Ceux qui détestent disent : ça a le goût de médicament, de pneu brûlé, de fumée de cheminée, de cendrier. Et franchement... ils ont pas complètement tort. C'est juste que pour certains palais, ces saveurs sont fascinantes, et pour d'autres, c'est repoussant.
Le spectre de la tourbe : du murmure au hurlement
Tous les whiskys tourbés ne se ressemblent pas. Y'a un spectre, du légèrement fumé au "ta bouche est un incendie". On mesure la tourbe en PPM (parties par million de phénol).
Légèrement tourbé (5-15 PPM) : Gwalarn blended Malt, torabhaig Alt a glean, highland Park 12 ans. Tu sens la fumée, mais c'est subtil, en arrière-plan. C'est par là qu'il faut commencer.
Moyennement tourbé (15-30 PPM) : Caol Ila 12 ans, Bowmore 12 ans. La tourbe est bien présente mais équilibrée par d'autres saveurs (fruits, sel, miel).
Fortement tourbé (30-50 PPM) : Laphroaig 10 ans, Kilchoman Machir Bay. Là, c'est sérieux. La tourbe domine, c'est intense, c'est pas pour les timides.
Monstrueusement tourbé (50+ PPM) : Ardbeg Corryvreckan, Bruichladdich Octomore. L'Octomore, c'est le whisky le plus tourbé du monde. Genre 300+ PPM. C'est l'Everest du whisky tourbé.
L'île d'Islay : la mecque de la tourbe
La plupart des grands whiskys tourbés viennent d'Islay, une petite île au sud-ouest de l'Écosse. 8 distilleries sur un caillou battu par les vents. Laphroaig, Lagavulin, Ardbeg, Bowmore, Caol Ila, Bruichladdich, Kilchoman, Bunnahabhain. Et bientôt 10 avec Ardnahoe et Port Ellen. Chacune a son style, mais elles partagent cet ADN maritime et tourbé.
C'est un peu la Bourgogne du whisky : un petit territoire, mais une concentration de génie.
5 whiskys tourbés à essayer (dans l'ordre)
Si tu veux explorer la tourbe, voilà ma progression conseillée :
Caol Ila Moch (environ 60 EUR) - L'entrée en matière. Tourbe discrète, miel, bruyère. Si t'aimes ça, continue.
Armorik Yeun elez (environ 60 EUR) - Un cran au-dessus. Poivre, fumée, sel marin. La Bretagne dans un verre.
Lagg Kilmory (environ 60 EUR) - Citron, fumée, huile. Arran et son charme fou.
Caol Ila 11 ans (environ 130 EUR) - Le roi. Tourbe élégante, profonde, avec du sherry. C'est le whisky que Ron Swanson boit dans Parks & Rec, et il a raison.
Laphroaig Lore (environ 130 EUR) - Là, c'est du brut. Citron, goudron, iode, fumée intense. Mais c'est tellement bien fait que c'est addictif.
Et si je déteste ?
C'est OK. Vraiment. Il n'y a aucune obligation d'aimer le whisky tourbé. C'est comme la coriandre : ton palais est génétiquement programmé pour aimer ou pas. Si t'as goûté et que c'est pas ton truc, bois ce que tu aimes. Le whisky, c'est du plaisir, pas un concours.
Envie de tester avant d'acheter ? Passe à Il Était Un Fût, je te fais goûter plusieurs niveaux de tourbe. En 10 minutes, tu sauras où tu te situes sur le spectre. Et peut-être que comme moi, tu commenceras par détester et tu finiras par adorer.
Simon
Envie d'en découvrir plus ?